Décryptages et prospectives des usages de l'influence collective

8 oct. 2018

Tom Lowe
8 oct. 2018

"Ne pas être sur LinkedIn aujourd'hui, c'est se tirer une balle dans le pied" Bruno Fridlansky

Bruno Fridlansky évoque souvent LinkedIn comme un outil qui permet aux entreprises qui souhaitent aborder leur transformation digitale de gagner en influence. Bruno est directeur associé de Social Dynamite. Notre société accompagne les marques, leurs dirigeants et collaborateurs à devenir des médias.

Vous avez publié déjà deux éditions chez Kawa de "Maîtriser Linkedin". Pourquoi ?

C’est la deuxième édition de ce livre paru pour la première fois en 2016. Si j’ai écrit cette nouvelle version c’est qu’il y a eu de substantiels changements sur la plate-forme, notamment son ergonomie. Il fallait donc mettre à jour ce livre qui a une dimension pratique. En un an, la maturité des utilisateurs de Linkedin grandit, il fallait aussi en tenir compte. Je suis actuellement en train de rédiger une troisième version. 

La nouvelle version de la plate-forme donne davantage de statistiques ce qui offre à chacun de mieux mesurer son influence, de connaître les moyens de l’augmenter. Chaque fois que vous partagez des informations, qu’il s’agisse d’un lien, de textes ou de photos, vous pouvez savoir l’effet de votre publication, grâce au nombre de vues. Le résultat est que si vous êtes dans une stratégie d’influence mieux vaut publier un texte original que de partager un lien. L’algorithme de Linkedin n’aime pas les liens, parce que cela fait sortir les gens du site. De même les utilisateurs préfèrent quand ils sont sur un site y rester. Selon des tests que j’ai menés, un contenu constitué uniquement de texte suscite davantage de likes, de commentaires et de partages que le même avec un lien. L’écart est plus que sensible.

 

Cela est-il valable pour tout le monde y compris le manager de base ? Ou est-ce réservé à quelques cadres supérieurs ?

Pour un cadre lambda, il est aussi important que pour un cadre dirigeant d’augmenter sa visibilité en publiant du contenu partagé et repris. C’est un moyen de faire connaître son profil, son expérience, ses compétences. Linkedin offre à tout le monde de se présenter comme un référent de son domaine, de celui de son entreprise. En publiant du contenu, vous montrez que vous êtes un référent et, ce faisant, vous élargissez votre audience car votre crédibilité augmente parmi votre réseau.

 

Au-delà de cette quête d’influence, pensez-vous qu’il soit aujourd’hui possible pour un actif, et plus spécifiquement pour un manager ou un cadre, de ne pas être présent sur Linkedin ?

On ne peut pas ne pas être sur Linkedin, ou, pour le dire autrement, ne pas être sur Linkedin c’est se tirer une balle dans le pied. Un profil sur Linkedin est devenu comme un double numérique et une carte d’identité digitale. Linkedin est devenu un outil pour faire du business dans le monde entier 24 heures par jour, 7 jours sur 7.

Aujourd’hui, dans la vie des affaires, quand vous avez un rendez-vous avec quelqu’un, le premier réflexe est d’aller voir sur Google qui vous renvoie bien souvent vers le profil Linkedin. J’ai presque envie de dire qu'il vaut mieux un profil imparfait que pas de profil du tout. Une absence pose question à vos interlocuteurs potentiels. Pour les managers plus spécifiquement, ce sera d’autant plus difficile pour lui d’exiger de ses équipes d’y être présent s’il en est absent.

 

Pour vous Linkedin sert davantage à faire du business qu’à booster son employabilité ?

J’interviens beaucoup dans des entreprises où l’on parle de Linkedin comme d’un moyen pour les RH ou le recrutement. J’ai voulu mettre l’accent sur le business considérant aussi qu’il y avait suffisamment de livres qui traitaient de la dimension RH.

Mais si vous développez votre visibilité, que vos publications montrent que vous pouvez inspirer vos clients et vos prospects, cela est aussi bon pour votre carrière évidemment. J’aurais plus de chances d’être chassé si je suis reconnu comme un expert de mon domaine par mes pairs sur Linkedin. Le réseau en ligne crédibilise votre activité.

 

Justement, ce réseau suffit-il en tant que tel ou ne prend-t-il sa pleine mesure que s’il se concrétise d’une façon ou d’une autre ?

Rien ne sert d’avoir un vaste réseau virtuel s’il ne se décline pas d’une façon ou d’une autre dans la vraie vie. Un réseau purement virtuel ne sert à rien, ou à pas grand-chose. Linkedin est un outil pour faire des liens professionnels qui doivent se concrétiser.

 

Quand vous parlez de faire du business en ligne, envisagez-vous Linkedin comme un outil de commerce en ligne pour vendre des biens et des services ?

Linkedin sert plutôt à créer des relations avec des personnes qui peuvent être des clients, des prospects, des prescripteurs ou des fournisseurs… Je parle donc de faire du business au sens large de cette expression. Par exemple, aujourd’hui, de plus en plus de ventes sont très complexes avec plusieurs interlocuteurs. Linkedin est un outil très pratique pour établir la cartographie d’un client, de repérer les responsables sur un gros dossier.

 

Cela peut-il aussi servir pour le salarié d’une grande entreprise à mieux la connaître ?

Oui, c’est un outil très efficace pour le réseau interne. C’est un très bon moyen pour bien connaître son entreprise, ça peut servir comme cette application qui vous met en relation avec des personnes pour ne plus déjeuner seul.

 

Vous avez exposé les avantages de Linkedin. Il y a bien quelques défauts non ?

Je regrette que la nouvelle présentation a en quelque sorte tué les groupes, les espaces de discussion. Avant vous receviez des notifications vous informant qu’une personne avait commenté, pris part à la discussion. Désormais, vous n’êtes plus informé de la vie des groupes de discussion. Il faut que vous fassiez la démarche volontairement. C’est regrettable, et ce sont les groupes fermés de Facebook qui en ont profité. 

 


 Cette interview a été réalisée par l'Usine Nouvelle

Thomas Begueria

Responsable éditorial de la marque média Social Dynamite.

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